1956. L’expulsion de la communauté juive d’Égypte
Alexandre De Aranjo, « 1956. L’expulsion de la communauté juive d’Égypte », Tsafon, 71 | 2016, 69 – 83.
https://journals.openedition.org/tsafon/6060
Paragraphes 20 à 24 (extraits)
20. Le 23 novembre, Nasser déclara les juifs « ennemis d’État » et ordonna leur expulsion, de même que celle des ressortissants français et britanniques. L’effet de ce décret créa un nombre conséquent d’apatrides : le Congrès juif mondial estima que sur les 40 000 juifs égyptiens de l’époque, 25 000 devinrent apatrides et sujets à l’expulsion31.
31 MAE, Levant 1944-1965, Égypte 1953-1959, 483, Rapport du Congrès Juif Mondial, 26 novembre 1956.
21. Les expulsions étaient contrôlées et encadrées par le gouvernement égyptien qui les considérait comme « expulsions volontaires ». En général, des agents de police venaient au domicile ou sur le lieu de travail des personnes à expulser. On leur demandait alors de quitter le pays sous deux à sept jours. Les avoirs des ressortissants français étaient gelés et obligatoirement cédés au gouvernement une fois leurs propriétaires partis. Ceux-ci se retrouvaient donc dans un état de dénuement quasi total, car ils étaient autorisés à quitter le pays avec seulement une valise de vingt kilos et vingt livres égyptiennes pour toute somme d’argent. Sur le laissez-passer les mots « aller définitif sans retour » étaient inscrits, ne laissant aucune ambiguïté quant à la nature du départ (32).
32 Michael M. Laskier, « Egyptian Jewry Under the Nasser Regime 1956-1970 », op. cit., p. 581.
22. Si le gouvernement égyptien qualifiait ce procédé « d’expulsions volontaires », les soi-disant candidats à l’expulsion étaient menacés de peine de prison arbitraire s’ils ne quittaient pas le pays dans le délai signifié. Ces menaces étaient prises d’autant plus au sérieux que 900 juifs avaient déjà été arrêtés début décembre 1956 (33). (…) Uniquement pour la ville du Caire, le ministère des Affaires étrangères estimait que plus de 9 000 Français et personnes protégées par la France, dont 5 000 juifs, étaient potentiellement visés par les expulsions (35).
- 33 Michael M. Laskier, ibid., p. 579.
- 35 MAE, Nations Unies et Organisations Internationales, 1944-1973, 205, Note du Département Politique, , 26 novembre 1956.
23. L’impact sur la communauté juive fut important. Entre novembre 1956 et mars 1957, période où les expulsions et départs furent les plus nombreux, des milliers de juifs apatrides, égyptiens, français ou encore britanniques furent emprisonnés ou assignés à résidence. (…)
24. Les personnes assignées à résidence pouvaient sortir deux heures par jour, mais à des horaires variables en fonction du bon vouloir de la personne chargée de leur surveillance
37 MAE, Nations Unies et Organisations Internationales, 1944-1973, 205, Note du Département Politique, 26 novembre 1956.
Paragraphe 32
La cadence des arrivées en France fut soutenue, entre novembre et décembre 1956. En date du 10 décembre 1956, 3 670 Français avaient quitté l’Égypte, dont 2 000 avaient rejoint Paris par avion et 300 avaient débarqué à Marseille. Environ 60 à 80 personnes atterrissaient à Paris chaque jour (50). Le 22 janvier suivant, les autorités avaient recensé 3 000 juifs d’Égypte à Marseille, arrivés par treize bateaux différents (51). Les réfugiés qui n’avaient pas de famille en France étaient alors pris en charge par la Croix-Rouge. Après avoir été enregistrés, ils étaient dirigés vers des salles de sport aménagées ou des hôtels réquisitionnés pour l’occasion ou encore envoyés à Paris, Arles ou Vichy.
(50) MAE, Nations Unies et Organisations internationales, 1944-1973, 251, Ministère des Affaires étrangères à la Délégation française de New York, 15 décembre 1956.
51 Centre des Archives contemporaines CAC, 1981 0201, art. 2, Arrivée en Europe des juifs d’Égypte, n.d.
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