Chapitre 8
Harmonies lunaires
Au matin du quatrième jour, le Précepteur entreprit donc de rendre visite à son ancien Professeur, un des plus grands savants de son temps. Au sommet de sa carrière, avant d’être renvoyé à ses chères études, il avait été le Grand Prêtre du dieu lunaire Thout, responsable d’une organisation déjà plus importante que l’État pharaonique en gestation.
Le secret de la paternité
Une des activités des prêtres de Thout était d’élever, dans des bâtiments spéciaux, les enfants trouvés, abandonnés ou conçus lors de rencontres de hasard. Une partie de ces « enfants de Thout » restaient au service du dieu et devenaient « serviteurs de Thout ». Les garçons étaient émasculés à la puberté. Ceux qui avaient les plus belles voix faisaient carrière comme castrats. D’autres devenaient d’excellents eunuques pour les harems des princes des lignées pharaoniques, ou des gynécologues réputés pour les femmes de la bonne société, consultés pour les problèmes de la grossesse et de l’enfantement, et pour les cas de stérilité. Tout autour du Temple de la Lune, s’était organisé un complexe d’établissements de consultations, de soins, d’études et de recherches qui jouissaient d’une bonne renommée mais faisaient aussi l’objet de rumeurs malveillantes et de plaisanteries grivoises.
De leur côté, les filles devenaient souvent sages-femmes ou nourrices dans ces établissements, mais certaines, entourées de la réputation des sorcières, se spécialisaient dans les avortements. Les plus jolies étaient choisies pour les harems de Pharaon et de ses fils, d’autres devenaient prostituées sacrées ; cette fonction consistait à réserver leurs rapports sexuels, pendant tout un cycle menstruel à partir du bain rituel, à de riches privilégiés, qui, si le dieu Thout agréait le sacrifice versé en échange, pouvaient ainsi devenir père d’un enfant réputé divin. Le signe de l’agrément du dieu, la suppression des règles suivantes, était à l’origine de l’expression de Séphora « le dieu ne m’a pas visitée ». Le sacrifice nécessaire pour partager le premier rapport sexuel d’une vierge était évidemment plus important que les autres.
Les prêtres de Thout, devenus les garants de la paternité, faisaient également office de notaires et géraient, pour le compte des familles aisées, les bureaux d’état civil qui enregistraient et homologuaient les mariages et les filiations, donc les héritages. Comme tous leurs services exigeaient sacrifices, animaux ou pécuniaires (on sait que le mot pecunia, “fortune” en latin, vient de pecus, qui signifie “troupeau”), leur richesse, personnelle et collective, était grande. La contrepartie était que circulaient sur eux diverses rumeurs ; ainsi des certificats hiéroglyphiques de filiation auraient été obtenus par complaisance et à grands frais.
Le Temple de la Lune était sur l’autre rive du Fleuve, qu’on traversait sur un bac collectif, pour un sou de bronze. Il dominait tout un quartier d’établissements administratifs, religieux, scientifiques. Mais s’étageait aussi, de haut en bas, une gamme d’établissements de plaisir, depuis les maisons huppées des courtisanes, souvent dirigées par d’anciennes prostituées sacrées particulièrement réputées, jusqu’aux bordels minables fréquentés par les prolétaires, maculés de nombreux graffiti obscènes et maladroits, le plus souvent des sortes de Y, arrondis ou pointus, dans tous les sens, qui voulaient représenter l’union de la verge en érection et du pubis, mais aussi des B, qui ne figuraient plus les lèvres du baiser, mais d’avantageuses poitrines, voire des fesses rebondies, toujours par deux !
Traitant de l’évolution de la lettre D, depuis les triangles cunéiformes jusqu’au Dalèt hébreu et au Delta grec, Marc-Alain Ouaknin insiste sur « le rapport du Dalèt et du féminin : (…) le signe cunéiforme qui dessine le triangle pubien, signe de la femme, évolue en changeant d’orientation. Les marques produites par les “clous” reproduisent toutes des triangles pubiens. » (16). Et il désigne un Y fermé par une horizontale, une sorte de coupe pleine, comme « le trait de base de l’écriture cunéiforme ». Mais il ne dit pas si le mot “cunéiforme” veut dire “ en forme de coin ”, avec quatre lettres, ou “ en forme de c… ”, avec trois lettres.
En remontant le chemin, le Précepteur avait l’impression, selon la formule consacrée, de “ gravir l’échelle sociale ”. Quand on atteignait les quartiers résidentiels et les bâtiments officiels, les graffiti se faisaient plus rares, à moins qu’ils ne soient soigneusement effacés.
Lune et grossesse
On lui indiqua le chemin d’une maison, entourée d’un jardin ; il suffisait de se laisser guider par les sons. Le Professeur était un passionné d’harmonie et de ce qu’on appellerait la “musique”, par référence aux “muses” et aux cantilations des lois “ mosaïques”. Il consacrait sa retraite à jouer de toutes sortes d’instruments, à cordes, à percussion et à vent. La maison était un véritable laboratoire, pleine d’objets baroques dont l’utilisation ne sautait pas aux yeux. Le Précepteur se rappela certaines leçons sur les gammes, que le Professeur chantait à la perfection.
L’accueil fut affectueux. Le maître se souvenait parfaitement de l’élève dont il avait remarqué les dispositions. Et comme c’était maintenant celui-ci qui avait une position officielle, le maître, tout en gardant la familiarité qu’il avait avec l’élève, lui parlait avec une certaine déférence qui permit au Précepteur, après les salutations des retrouvailles, de poser la question pour laquelle il était venu.
« Voilà, dit-il, je voudrais connaître ton avis sur le point suivant : pourquoi une femme, quand ses règles sont en retard, attend-elle sept jours avant de décider qu’elle est enceinte ? Pourquoi pas six, ou huit ? La réponse fut surprenante.
– Parce que nous avons deux mains de cinq doigts
– Comment cela ? Quel rapport ? »
– Thout a enseigné : Quand tu as deux chiffres, additionne et multiplie… Nous avons deux mains de cinq doigts. Cinq et deux sept. Deux fois cinq dix. Voilà pourquoi on compte les jours par sept et le reste par dix. »
Le Précepteur fut troublé, parce que cette réponse saugrenue lui rappelait les deux lettres du mot Yad, YD, main. Dix et Quatre. Quatorze, deux fois Sept. Quatre fois Dix Quarante. Il demanda :
« Et pourquoi ne nous as-tu jamais parlé de cela dans ton enseignement ?
– Les règles du dieu Thout ne sont enseignées qu’à ceux qui font vœu de lui rester fidèle.
– C’est mon cas, aujourd’hui ?
– Enfant du Nil, en revenant me voir, tu te montres fidèle à mon enseignement.
– Quels sont les jours que l’on doit compter par sept ?
– Ceux de la Lune, et ceux de la grossesse. Nous appelons “ semaine ” une période de sept jours. Le cycle de la Lune est de vingt-neuf jours et demi, quatre semaines plus un jour et demi. Thout a établi que les règles des femmes suivent sensiblement le même rythme. Dans une grossesse idéale, il y a deux semaines à partir de la fécondation jusqu’au début des règles manquantes. Une saison dure treize semaines, la grossesse dure en principe trois saisons, trente-neuf semaines, un peu plus de neuf lunes. »
– Une grossesse, c’est trois saisons ? Et l’année, quatre saisons ?
– C’est ça. La saison de treize semaines dure quatre-vingt-onze jours, trois fois trente jours, plus un jour. L’année du soleil dure quatre saisons, cinquante-deux semaines, plus un jour. Cinquante-deux semaines font trois-cent-soixante-quatre jours. Plus un jour. Je crois bien vous avoir appris tout cela. »
« Il y a quelque chose que tu ne nous as jamais montré. Avez-vous, vous, les prêtres de la Lune, des chiffres plus pratiques que ceux des hiéroglyphes ?
– Ah ah, petit curieux ! Cela fait aussi partie des secrets réservés aux prêtres de Thout : Tu leur inculqueras, tu leur en parleras, dans la maison, par les chemins, en vous couchant, en vous levant… » récita-t-il en riant. La formule deviendra le verset 6, 7 du Deutéronome, répétée depuis lors plusieurs fois par jour dans le Shema’, la profession de foi juive.
– Vois, je vais te les montrer ».
Les neuf chiffres
Le Professeur prit un stylet, grava le 1, qui était sans surprise un bâton, puis dessina en rangs de trois des chiffres qui ne ressemblaient à rien :
1 2 3
4 5 6
7 8 9
« Et le Dix ? », demanda le Précepteur, après un silence.
– Nous mettons une apostrophe qui multiplie par dix, comme cela : 1’, c’est dix. De même 2’, c’est vingt, et ainsi de suite… Mais onze, douze, treize, quatorze… c’est 11, 12, 13, 14… Te rappelles-tu les nombres carrés ?
– Bien sûr. Quatre est le carré de Deux, Neuf celui de Trois. Ensuite il y a Seize, Vingt-cinq, Trente-Six…
– C’est bien. Et les nombres triangles ?
– Non. Qu’est-ce que c’est ?
– Le triangle de Deux, c’est Un plus Deux égale Trois. Le triangle de Trois, c’est Un plus Deux plus Trois égale Six. Ensuite, il y a Dix, Quinze, Vingt-et-Un, Vingt-Huit, Trente-Six, Quarante-Cinq… Tu as vu, Trente-Six est à la fois le carré de Six et le triangle de Huit.
– En effet, mais quelle importance ?
– C’est pour te faire comprendre que les formes des chiffres, et les mots pour les dire, sont conventionnels mais que leurs relations sont absolues, intangibles : quel que soit le langage écrit ou parlé que tu emploies, Trente-Six est le carré de Six et le triangle de Huit. On peut vivre sans le savoir, mais il faut savoir qu’il y a une Vérité et Une seule. »
Le Précepteur était pris de vertige. Il demanda :
– « Et à part les jours de la Lune, et ceux de la grossesse, que compte-t-on par sept ? La réponse fut immédiate.
– La musique. Regarde autour de toi. »
Il y avait des cordes tendues sur des boites de formes diverses, des sortes de flutes assemblées, des trompettes, des clarinettes de toutes formes et de toute taille.
« Les sons vont par sept. Tiens, je vais te montrer ma découverte. Vois-tu ces cordes ? Combien en comptes-tu ? »
C’étaient des fils de cuivre, rangés par taille croissante, et tendus par des vis en bois sur un bâti horizontal. Le Précepteur compta.
« Quinze. Et alors ?
– La huitième est la double.
– Que veux-tu dire ?
– Je veux dire que la huitième corde est de longueur double de la première, la neuvième de la deuxième, la dixième de la troisième… et ainsi de suite jusqu’à la quinzième, qui est de longueur double de la huitième et donc de longueur quadruple de la première.
– Très bien. Et alors ?
– Écoute ! »
Accord de l’octave
Il prit un petit maillet dont il frappa les cordes, dans l’ordre, et chanta les notes de la gamme montante en comptant en égyptien, par des chiffres d’une seule syllabe. Il chantait fort juste. Parvenu à “sept”, il ne compta pas “huit” la suivante, mais répéta “un”, comme nous répétons “do” pour la huitième note, celle de “l’octave” : « la huitième note a le même nom que la première, expliqua-t-il, la neuvième que la deuxième, et ainsi de suite …»
Il recompta ainsi, de un à sept, pour les cordes huitième à quatorzième et répéta encore une fois « un » pour la quinzième. Puis il recommença en chantant la gamme descendante :
« Un, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, Un, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, Un ».
– Ne nous avais-tu pas déjà montré de telles cordes ? Quelle est exactement ta découverte ? »
– Regarde cette fresque, qui représente El Thout jouant de la harpe. L’artiste a donné des longueurs fantaisistes aux cordes, c’était avant ma découverte. Comprends-tu pourquoi c’est le même mot qui désigne l’accord des notes, l’accord des gens et la corde des instruments ? D’accord ? »
Le Précepteur éclata de rire, ébloui. La leçon était passionnante. Il comprenait maintenant pourquoi la période de sept jours était le « quart de lune ». Certes la lune dure vingt-neuf jours et plus, mais du premier au vingt-neuvième jour, il y avait vingt-huit jours. Comme il y en avait sept de un à huit, de huit à quinze, de quinze à vingt-deux, de vingt-deux à vingt-neuf. Le « premier jour » revient tous les sept jours, comme la première note…
« Y a-t-il un rapport avec la Lune ? »
– Évidemment, gros bêta ! La Lune aussi est d’abord montante, pleine le quinzième jour, puis descendante jusqu’au vingt-neuvième jour. De un à quinze il y a quatorze, comme de quinze à vingt-neuf. J’ai raisonné par analogie : je me suis dit que les cordes devaient être dans un rapport simple de sept en sept. Et quoi de plus simple que le double et la moitié ? »
– Ne nous avais-tu pas enseigné que la Lune a alternativement vingt-neuf et trente jours ? »
– Sans doute. La double Lune a cinquante-neuf jours ; le jour du milieu, c’est le trentième. Quatre gammes, cela fait vingt-neuf notes, la note du milieu, c’est la quinzième. »
– C’est la même chose pour le cycle féminin ?
– Exactement. Les cycles des femmes ne sont certes pas d’une régularité absolue. Mais la Lune donne un modèle, ce que nous appelons le cycle de Thout : l’absence de lune correspond aux trois ou quatre jours des règles de sang pendant lesquelles les femmes ne sont ni fécondables, ni visitables. La montée de la lune correspond à la montée de la fécondabilité, jusqu’au quinzième jour de la pleine fécondabilité et de la Pleine Lune, qu’on dit aussi Lune Grosse. Puis la fécondabilité redescend jusqu’au vingt-neuvième ou trentième jour. Si un couple veut avoir un enfant, il ne saurait mieux faire que de s’unir dans la nuit du quatorzième au quinzième jour. »
Cette nuit-là, entre les quatorzième et quinzième jours de la première Lune, « n’est pas comme toutes les autres nuits » ; elle deviendra celle du début des sept jours de la fête de Pessa’h :
Exode, 12, 6 – Vous le garderez (l’agneau pascal) jusqu’au quatorzième jour de ce mois; et toute l’assemblée d’Israël l’immolera entre les deux soirs.
Exode, 12, 18 – Le premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir, vous mangerez des pains sans levain jusqu’au soir du vingt et unième jour.
Lévitique, 23, 5 – Le premier mois, le quatorzième jour du mois, entre les deux soirs, ce sera le Pessa’h de YHWH.
« Dans la soupe initiale, le chaos, nous disons Tohou-Bohou (17) germe le Noun, la première cellule vivante. Tu comprends, le quatorzième soir, il y a une sélection au hasard. Quand il n’y a pas fécondation, toutes les cellules sont massacrées et évacuées dans les règles…. Mais s’il y a fécondation, une d’elles forme le Noun, qui absorbe les autres. Nous sommes tous des enfants du Noun, des enfants de notre première cellule. Celle-ci contient à la fois une information générale, commune à toutes les cellules, qui lui permet de se diviser et de se développer, et une information singulière, unique, reçue du père et de la mère. Des fils de Noun, Ben Noun… » Il répéta la formule, en faisant résonner les trois N de BN NWN : dans la Torah, il y a un seul BN NWN, Josué, Yehoshoua‘, le lieutenant de Moïse.
Le Noun, c’est le « Nom donné par les Égyptiens à l’eau primordiale qui enveloppait le monde, et qui contenait en elle tous les éléments de la création à venir » (18).
La Force du Destin
« J’oubliais ! » Le Professeur se leva et alla chercher un joli coffre ciselé, en or et argent. Il ouvrit le couvercle et se munit d’une plaquette d’or fin sur laquelle étaient gravés les neuf chiffres, sous la forme d’un carré magique, bordé de frises mystérieuses :
2 7 6
9 5 1
4 3 8
« Vois-tu le carré ? les trois lignes, les trois colonnes, et les deux diagonales font un total de Quinze. Quant aux frises, tu chercheras, il s’agit des phases de la Lune, des règles féminines, et des gammes musicales… » Il plaça la plaquette dans le coffre, le ferma avec une clef dont il s’était muni, l’enveloppa dans un beau sac brodé et donna le tout au Précepteur. Celui-ci se récria, arguant que le coffre et le sac étaient bien trop précieux, que la plaquette était suffisante, mais le Professeur insista :
« La Loi vaut partout : tu la leur inculqueras, tu leur en parleras, dans la maison, par les chemins, en te couchant, en te levant… ». Tu vas l’étudier, l’approfondir, l’enseigner à celui que tu estimeras digne de la recevoir. Mais tu ne peux pas la modifier. »
Gagné par le sourire confiant de son Maître, le Précepteur, rempli d’une délicieuse allégresse, prit enfin congé, promettant de revenir chaque fois qu’il aurait besoin de ses lumières. Il redescendit vers la ville, son cadeau serré dans ses bras, refusant les avances aguichantes des prostituées, de moins en moins jolies, mais de plus en plus dénudées. Ce spectacle offert à tous, y compris aux enfants, lui rappela une scène de la fresque, à l’école, qu’il n’avait pas expliquée au petit Prince : le futur Tsafnat-Pahnéakh, alors bel intendant du chef des eunuques, repousse les avances de la femme de son maître, laquelle, à moitié nue, le saisit par son habit.
Ses pensées se bousculaient : le carré magique, la harpe, la grossesse, Yad, la main, la Vérité … La Lune et la double gamme, croissantes puis décroissantes; au milieu, l’octave de la Pleine Lune, grosse du Noun, formé la quatorzième nuit. Noun sera le nom de la quatorzième lettre. Le N l’est toujours.
Le Précepteur, ivre de reconnaissance, remerciait la Force du Destin, Qui, poussant autrefois son berceau vers la Fille de Pharaon, lui avait non seulement sauvé la vie, mais lui permettait de bénéficier de la civilisation la plus avancée et des connaissances des plus grands savants. Dans sa joie, il se promit d’aller bientôt rendre visite à la Princesse sa Mère, pour connaître sur tout cela son avis de femme qui n’avait jamais enfanté.
Il se mit à sauter d’un pied sur l’autre, en calculant les carrés et les triangles, et en chantant la gamme sur le nom de Thout, montant, descendant… En 2 Samuel 6, 14-16, ce sera le roi David (DWD, Daoud) qui dansera, ceint d’un simple pagne de lin, devant l’Arche de la Loi montant à Jérusalem, sous le regard réprobateur de son épouse Mikhal, frappée de stérilité.
Il y avait foule au débarcadère, d’où le bac collectif venait de partir. Il se mit dans la file qui attendait le suivant, et commença à considérer la variété de ses compagnons d’attente, hommes, femmes, riches, pauvres, fonctionnaires, paysans, artisans, esclaves… Chacun avait commencé de même, fils de Noun… La queue s’éternisait. Il s’impatienta et héla une felouque pour particuliers. Le tarif était de sept sous. Il paya le passeur, interloqué, en lui mettant cinq sous dans une main et deux dans l’autre, et en chantant : « Cinq et deux, sept ; deux fois cinq, dix ; deux fois sept, quatorze… »
Ouvrant la porte, Séphora remarqua d’abord le coffre, enveloppé dans son beau sac brodé, puis l’air euphorique de son mari. Elle se demanda un instant s’il avait bu, mais ne posa pas de question.
« Alors ? demanda-t-il.
– Toujours rien », répondit-elle.
Cette nuit-là, le Nouveau croissant de lune réapparut dans le ciel.
Notes
16. “Les Mystères de l’alphabet” (Éditions Assouline, 1997), p. 150
17. Genèse 1, 2 : La terre était Tohu Bohu (THW WBHW, Tohou ouVohou, valeur 52)
18. Grand Larousse Universel (1984). Voir aussi Wikipédia, article Noun.
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